Dans un climat politique caractérisé par une escalade de l’autoritarisme, des séparations familiales à la frontière aux violences sanctionnées par l’État, une forme surprenante de résistance a réapparu : le craftivisme. Le tricot, le quilting et autres arts faits à la main ne sont plus de simples passe-temps ; ce sont des armes dans une lutte renouvelée contre l’oppression.

De Pussyhats à « Melt the ICE » : une histoire des arts de la fibre politique

La résurgence n’est pas nouvelle. La Marche des femmes de 2017 a vu une mer de bonnets roses, symbole visible de défi à l’égard de la présidence de Donald Trump. Cependant, le mouvement a rapidement été critiqué pour son manque d’inclusivité, de nombreuses femmes de couleur se sentant exclues du récit plus large. Les chapeaux sont devenus un symbole d’activisme performatif, considéré comme digne d’intérêt plutôt qu’efficace.

Mais à la suite de la deuxième élection de Trump, les enjeux ont augmenté. Alors que les agents de l’ICE intensifient les expulsions et la violence, le craftivisme a pris une dimension plus directe et localisée. Le magasin de laine de Minneapolis, Needle & Skein, a publié un modèle pour les chapeaux « Melt the ICE », inspiré des modèles anti-nazis norvégiens. La réponse a été immédiate : plus de 720 000 $ ont été collectés en quelques mois pour des groupes d’aide aux immigrants, achetés par des personnes dans 44 pays.

Pourquoi créer ? Communauté, colère et action tangible

L’attrait réside dans son accessibilité et le sentiment de communauté qu’il favorise. Gilah Mashaal, propriétaire de Needle & Skein, explique : « Les nouvelles sont toujours si laides… vous trouvez des gens et vous faites des choses avec ces gens. Et comme nous sommes des artisans, c’est ce que nous faisons. » Il s’agit de construire une solidarité face à la peur et au désespoir.

Contrairement aux objectifs plus larges et souvent diffus de la Marche des femmes, le craftivisme d’aujourd’hui est hyper ciblé. Autocollants, manucures, couettes et bonnets tricotés portent tous un message clair : la résistance anti-ICE. Le mouvement ne se limite pas à un seul groupe démographique ; il est adopté par des personnes de tous âges, races et origines.

Au-delà de l’activisme performatif : le pouvoir de la résistance tangible

Même si certains considèrent le craftivisme comme un simple signe de vertu, sa puissance réside dans son impact tangible. L’argent récolté grâce au programme « Melt the ICE » soutient directement les organisations d’aide aux immigrants. Le fait de créer ces objets, qu’il s’agisse d’un chapeau, d’une courtepointe ou d’une œuvre de nail art, est un acte de défi contre le désespoir.

Les historiens soulignent que ce n’est pas nouveau. Des femmes coloniales boycottant les textiles britanniques aux courtepointes d’histoires noires préservant les histoires orales pendant l’esclavage, l’artisanat a toujours été un outil de résistance. Aujourd’hui, c’est simplement adapté à une nouvelle ère.

L’avenir de la résistance est fait à la main

Le craftivisme n’est pas une solution en soi, mais c’est un élément puissant d’un mouvement plus large. Comme le dit Catherine Paul, tricoteuse et militante : « Je voulais cette persévérance, un rappel de la façon dont l’artisanat peut nous aider à persister. » Dans un monde de plus en plus défini par la peur et la division, le simple fait de fabriquer quelque chose de ses mains peut être un acte de défi radical. Les questions d’inclusivité qui ont tourmenté les mouvements précédents demeurent, mais pour l’instant, l’objectif est clair : résister, créer et construire une communauté un point à la fois.