La Commission européenne a publié des conclusions préliminaires accusant TikTok d’utiliser une stratégie de « dépendance dès la conception » qui viole la loi sur les services numériques (DSA), un règlement de l’UE de 2022 visant à tenir les grandes plateformes en ligne responsables de leur impact sur les utilisateurs. La Commission menace d’amendes allant jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial annuel de TikTok si l’application n’apporte pas de modifications substantielles à son algorithme.

Le cœur du problème : la dépendance algorithmique

L’algorithme For You Page (FYP) de TikTok est connu pour sa capacité à faire défiler les utilisateurs indéfiniment. La Commission a spécifiquement signalé des fonctionnalités telles que le défilement infini, la lecture automatique, les notifications push et les recommandations hyper-personnalisées comme principaux moteurs de comportement compulsif. Ce n’est pas seulement une question d’expérience utilisateur ; l’UE affirme que ces fonctionnalités peuvent nuire au bien-être physique et mental des utilisateurs, y compris les enfants et les adultes vulnérables. Le DSA transfère fondamentalement la responsabilité aux plateformes des conséquences de leurs choix de conception.

Cette décision s’accompagne d’une surveillance croissante de l’impact des médias sociaux sur les jeunes. L’Espagne a récemment annoncé une interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 16 ans, à l’image de mesures similaires déjà en place en Australie. La France et le Royaume-Uni envisagent également des réglementations plus strictes.

Une tendance mondiale : la régulation des plateformes sociales

L’action de l’UE contre TikTok s’inscrit dans une tendance mondiale plus large visant à réglementer les géants des médias sociaux. Aux États-Unis, TikTok a déjà été contraint de séparer ses opérations nationales pour répondre à des préoccupations de sécurité nationale. Les utilisateurs aux États-Unis ont déjà remarqué d’importants changements algorithmiques, provoquant un certain abandon de la plateforme.

TikTok nie avec véhémence ces allégations, affirmant que les conclusions de la Commission sont « catégoriquement fausses et totalement sans fondement ». L’entreprise entend contester ces accusations par la voie judiciaire. Cependant, la position de l’UE est ferme : Les plateformes ne sont plus libres de donner la priorité à l’engagement plutôt qu’au bien-être des utilisateurs.

Pourquoi TikTok est le premier en ligne

Selon l’expert des médias sociaux Matt Navarra, TikTok est pointé du doigt parce que son modèle algorithmique a été largement copié par d’autres plateformes. “Vous ouvrez l’application, vous êtes au courant, et en une demi-seconde, aucune décision, aucune impasse, juste de la dopamine pure”, a-t-il expliqué. L’UE considère cela comme un problème de santé publique et non comme un simple défaut de conception.

La Commission envoie un message clair : le design addictif n’est pas seulement contraire à l’éthique, il est illégal.

Cette mesure coercitive positionne TikTok comme un « cas test » pour un examen réglementaire plus large des modèles de conception sombres sur les réseaux sociaux. Instagram, YouTube et Snap pourraient être les prochains s’ils ne parviennent pas à démontrer des pratiques algorithmiques responsables.

Les implications à long terme de cette décision vont probablement remodeler le fonctionnement des plateformes de médias sociaux dans le monde, les obligeant à donner la priorité au bien-être des utilisateurs plutôt qu’à un engagement incessant.